Ciné, cinoche #020414

Faut-il raconter une histoire pour faire un film? Avec son Etrange petit chat, Ramon Zurcher ne raconte rien ou presque, mais il installe et dit beaucoup. Il fascine en tournant le dos au naturalisme. A l’inverse, Nebraska, la fiction d’Alexander Payne côtoie le documentaire et raconte une Amérique des gens simples.

par minuitteur Rémy Roche

EtrangePetitChat-SimonChatL’étrange Petit Chat – Ramon ZURCHER (Allemagne) 1h12

EtrangePetitChat-Mère01Il y a donc un petit chat (roux-tigré), mais ça n’est pas le plus important, première délicieuse fausse piste, car il y a aussi un chien, en bas dans la cour, et un paillon de nuit.
C’est le matin dans un petit appartement berlinois. La mère (Jenny Schilly, parfaite) est dans la cuisine, une belle femme mais comme désincarnée, absente, nostalgique ou mélancolique. EtrangePetitChat-ClaraSa fille Clara, 7-8 ans (Mia Kasalo, craquante), c’est tout le contraire, volontaire, espiègle et drôle, elle veut occuper l’espace. Simon (Luk Pfaff, lunaire) et Karin (Anjoka Strechel, parfaite adolescente), frère et sœur de Clara arrivent, ils habitent ailleurs. Puis un oncle qui vient réparer la machine à laver, et un petit voisin avec son ballon. Simon a été chercher sa grand-mère qui va passer son temps à dormir dans une chambre. En fin d’après-midi ce sont d’autres amis qui entrent, ils sont invités à dîner, parmi eux, une jeune violoncelliste. L’histoire? il n’y a pas d’histoire.
EtrangePetitChat-KarinL’histoire n’importe pas, ce sont les personnages et l’atmosphère qu’ils créent qui comptent. Le jeune Ramon Zurcher (dont c’est le premier long-métrage) assume : « Je trouve intéressant qu’aucun développement ne se passe au niveau de l’histoire, mais que différentes émotions et atmosphères coexistent. » Objectif atteint. La chorégraphie discrète mais minutieuse d’un quotidien de ses personnages, filmée par une caméra rigoureusement entomologique, installe peu à peu dans cet appartement minuscule une atmosphère qui échappe à la narration. On s’était crus dans un récit naturaliste, c’est finalement exactement l’inverse qui se produit, on a basculé dans un fantastique qui ne dit pas son genre. « Il s’agit d’une méthode surréaliste qui me fascine depuis toujours: déformer le quotidien et le familier afin d’y faire naître la perte de repère et l’effroi. C’est lorsque notre quotidien nous est montré sous un angle inattendu que nait la fiction. » Une tension sourde s’installe, sans raison, elle va devenir presque insupportable, on est pas loin d’Haneke et des préliminaires de ses Funny gammes. Claustrophobique, le petit appartement évoque alors une prison dont seuls les enfants et les animaux, innocents, pourraient s’en échapper.
Film étrange et fascinant, c’est l’un de nos préférés de la saison.

* * * *

Nebraska – Alexander PAYNE (USA) 1h55

NEBRASKAWoody (touchant Bruce Dern) a gagné 1 million de dollars, en tout cas il en est persuadé, un miracle pour ce vieillard de condition modeste. La preuve? il a reçu un courrier « Vous avez gagné!« , un courrier attrape-nigaud comme on en a tous reçu un jour ou l’autre, l’homme simple y croit et se met en tête d’aller toucher son chèque, c’est dans le Nebraska, c’est pas tout à côté, mais il ira, à pied s’il le faut. Sa femme et son fils, David (Will Forte, braveNEBRASKA fils efficace) qui voient dans l’entêtement de leur cher un début de-démence sénile tentent de le raisonner, peine perdue. Pour éviter le pire d’une errance risquée de son père, David décide de l’accompagner et de nous embarquer dans un road movie mouvementé.
Une comédie douce et sympathique, certes un peu longue. Alexander Payne (« The descendants« , « Sideways« , « Monsieur Schmidt« ) réussit à nous emmener au delà de la simple découverte mutuelle d’un père et d’un fils, pour montrer une Amérique sans carte postale, son décor est celui des vrais gens, gens simples, ici plutôt âgés, qui veulent toujours croire au rêve, ce rêve qui, finalement, a toujours été le moteur ou l’illusion des petits et grands projets de la construction de leur pays et du bonheur de ses habitants. Payne chosit le noir et blanc, on s’interroge d’abord sur sa pertinence, mais aussi bien cadré, dans cette neutralité sans couleurs, il  accentue la précision photographique d’une fiction qui documente.

et toujours les e-toiles de DMDM 3.0

(re)voir tous les Ciné, cinoche

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