Pierre Drachline: une littérature de combat

Drachline

Cherche Midi

« La parole doit être terroriste » écrit Pierre Drachline dans « Pour en finir avec l’espèce humaine (et les français en particulier)« .

gravity-smallPhilippe LefaitVictor Hugo estimait bien que la pensée valait insurrection. Dont acte et bravo aux écrivains qui en cet automne réussissent à pulvériser tous azimuts les airs que nous imposent les maîtres des temps qui courent. L’immédiateté technologique et l’ultralibéralisme financiarisé les rendent toxiques.
L’usage et l’abus du sarcasme vont à l’humeur de Pierre Drachline comme de vieilles peaux revenues de tout. Dans sa volonté d’en finir avec la terre entière, il a le sens de la table rase et de l’instruction à charge, de la méchanceté et du meurtre avec le verbe comme arme par destination. Mais son dégoût de l’espèce n’est ni grincheux, ni irrémédiable. Il est jubilatoire et nous aide dans une pulsion joyeuse à force d’être martelée à bien vomir la réaction et la dictature de la conformité. Certes, il avoue s’être lui-même « doucement corrompu » mais son excellence est incontestable dans l’exercice de style et le bonheur d’expression. « Le pouvoir est la plus efficace putréfaction qui soit ». « La révolution meurt dès qu’elle s’installe dans ses meubles ». « la France n’est plus une nation. Juste une charogne ». « L’Education nationale est une machine à lobotomiser ». Dans les livres s’étalent « des confessions sexuelles écrites à l’encre de bidet ». D’ailleurs, « lire sur un écran n’est pas lire. C’est digérer sans avoir mis un bonheur en bouche. »
Et 178 pages à l’avenant où, dans l’usine à gaz de notre misère sociale politique et intellectuelle, sont étrillés au choix les potentats vicelards ou jouisseurs, les bobos, les écolos et leur concentré de morgue et d’autosuffisance, les pantins médiatiques, les cons aussi passifs que les fumeurs, les pauvres qui méprisent plus pauvres qu’eux, le colon culturel américain et les aliénés au portable. « Une insoumission qui n’implique pas le rejet de l’espèce humaine est une duperie. Les systèmes oppressifs étant les enfants naturels de l’homme. Nous enfantons les barbaries dont nous nous proclamons les victimes. »  D’où cette radicalité à défriser le bien pensant et un lecteur dont tous les petits conforts et les grandes lâchetés sont épinglés. Derrière la posture, la tendresse vous surprend chez l’écrivain quand il visite une maison de retraite et aperçoit celle dont il se demande « vers quel rivage avaient fui ses larmes ? » Sans doute, une mère dont l’internement ajoute à l’inatteignable. Quand il évoque les « insolents vaincus » de la Commune ou ses amis poètes « d’une singularité consolante ».

Philippe Lefait © Le Magazine Littéraire

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